La fée Mélusine

Mélusine par Julius Hubner

Deux romans de la littérature médiévale racontent la célèbre histoire de la fée Mélusine : Mélusine de Jean d’Arras et Le Roman de Mélusine de Coudrette. Si le personnage de Mélusine a de nombreux ancêtres dans la tradition orale, c’est dans ces deux romans qu’elle naît véritablement à la littérature : elle est nommée, baptisée « Mélusine », toute son histoire et sa complexité sont fixées à l’écrit.

La fée Mélusine est si célèbre et ce personnage connaîtra une telle fortune jusqu’à notre XXIe siècle qu’à partir de son histoire il existe en miroir du « modèle morganien », un « modèle mélusinien ». Mélusine, à l’inverse de Morgane, n’est pas une ravisseuse d’hommes. Non contente d’épouser Raymondin et de s’établir avec lui au royaume des mortels, la voici qui fonde une famille. Mélusine devient un exemple de fécondité et allie à la procréation une vocation de bâtisseuse qui va faire d’elle la pierre angulaire d’une lignée tentaculaire. Le passage de Mélusine en terre mortelle sera l’occasion d’un investissement démiurgique de la fée, au profit de sa famille et de sa descendance. Loin de créer une rupture de l’ordre, Mélusine donne naissance, consolide, régénère et construit pour les siècles à venir.

Cependant Mélusine n’en est pas moins une créature surnaturelle : sa caractéristique principale est de posséder une nature mi-femme mi-animal, c’est une femme-serpent, et cette dualité se révèle une journée par semaine, le samedi. On voit donc que le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît : la fée rassurante, féconde et civilisatrice possède elle aussi une nature au symbolisme inquiétant.

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Marie – Fées

Un nouveau détour musical, de nouveau avec une artiste française.

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Accessoires de fée – 3

Troisième accessoire qu’affectionnent les fées, les vêtements, et plus particulièrement les manteaux.

Manteau : Accessoire indispensable pour se couvrir et se découvrir, à la mode chez les fées, qui en déclinent les modèles à l’envi. Ainsi, Mélusine n’hésite pas à chevaucher nue sous le « manteau de guerrier » que lui prête Lusignan. Au bord de l’eau, la pucelle de Lanval porte un « précieux manteau de pourpre d’Alexandrie, doublé d’hermine blanche » sur une simple chemise transparente. Quant à celui de Tiphaine, il est orné d’ « anémones » et de « rubis »… Pour l’ôter, le plus glamour reste encore de le faire tomber par terre : c’est ce que fait Alcine dans les bras de Roger en transe.

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La fée Viviane

La séduction de Merlin d’Edward Burne-Jones

Si Viviane est avant tout connue comme la fée qui élève Lancelot, la fameuse « Dame du Lac », qui va faire de l’orphelin un héros, elle est un personnage très complexe.
Viviane-Dame du Lac, dans le fameux Lancelot du Lac, roman du XIIIe siècle, présente une version rassurante de la fée. Non seulement elle possède toutes les qualités de la mère accomplie, mais de plus elle défend les valeurs chevaleresques, et n’est pas une menace de l’ordre féodal. Si Viviane a enlevé Lancelot, ce n’est en aucun cas pour le garder à ses côtés, mais pour faire de lui le héros dont a besoin le royaume. Ainsi, une fois son œuvre achevée, elle le conduira elle-même à la cour quand il aura atteint l’âge d’être adoubé.

Là où tout se complique, c’est que l’auteur de Lancelot du Lac, lorsqu’il présente le personnage de Viviane (aussi nommée Ninienne), l’associe à Merlin l’enchanteur à qui elle a volé ses pouvoirs. Viviane, la rassurante fée nourricière, n’est donc autre que la fée arracheuse de charmes, celle qui enchanta l’enchanteur, lui déroba ses pouvoirs et l’enferma dans des cercles d’aubépine pour le posséder à jamais.

Le personnage de Viviane tel qu’il est présenté dans Lancelot du Lacrésulte du mélange de deux personnages distincts : la fée « morganienne », qui use de ses pouvoirs garder Merlin dans son monde féerique, et la Viviane associée à la figure mythologique de Diane, la chasseresse, obsédée par la pureté et la virginité.

Ces multiples facettes qui composent le personnage de la fée Viviane font d’elle une figure complexe. Le rôle de mère nourricière et apaisante qu’elle joue auprès de Lancelot, sa mission assumée de le former en vue de faire de lui un héros défenseur de l’ordre chevaleresque l’oppose encore une fois à toute assimilation avec une image de fée ravisseuse d’homme ou voleuse d’enfants. La fortune du personnage de Viviane verra ainsi, selon les auteurs et les époques, développé tel ou tel aspect de cette personnalité féerique, tout en gardant une prédilection pour le rapport de cette femme surnaturelle au savoir.

Si Viviane, comme de nombreuses fées, est liée à l’élément aquatique, sa demeure possède des particularités qui en ont fait un lieu très célèbre dans la mémoire collective. On en trouve la description dans le Lancelot du Lac.
« Le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui, lorsqu’elle l’avait emporté, n’était que d’enchantement. Il était au pied d’une colline bien moins haute que celle où le roi Ban était mort. À l’endroit où il semblait qu’il y eût un grand lac profond, la dame avait des maisons fort belles et fort riches, et au-dessous d’elles coulait une rivière petite, très plantureuse en poissons. Et cette habitation était si bien cachée que personne ne pouvait la trouver ; car l’apparence du lac la protégeait de telle manière que l’on ne pouvait pas la voir. »

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Morgane : portrait

Un portrait un peu plus détaillé de la célèbre fée Morgane.

Célèbre fée du Moyen Âge liée à la matière bretonne, elle apparaît la première fois au XIIe siècle. Son nom d’origine celte est l’accusatif de Morgue et pourrait signifier « grande reine ». On la surnomme aussi « la fée de Gibel » (de l’arabe djebel, montagne) car une tradition place au coeur de l’Etna, qui est aussi le Gibel, le lieu dans lequel elle vit. Dans les premiers textes, Morgue est décrite comme une guérisseuse.

Elle règne avec son ami Guingamar sur l’île d’Avalon et est considérée comme la demi-soeur du roi Arthur. Elle apparaît ensuite comme une élève de Merlin, comme Viviane à qui elle s’oppose.

L’image de Morgane s’assombrit au XIIIe siècle : elle devient une séductrice maléfique qui enlève des hommes pour les conduire dans l’ « autre Monde ». Elle est parfois décrite comme laide et lascive mais accumule les conquêtes au fil des textes : Rainouart, Alexandre l’orphelin, Ogier le Danois… on ne les compte plus ! Cependant, loin de céder aux charmes de la fée, le héros est enlevé de force et ne pense qu’à fuir la prison dorée dans laquelle il est retenu. Ainsi, dans Le Val sans retour, Morgane a créé un lieu destiné à la venger d’un amant infidèle. Elle a choisi un vallon et l’a enclos d’un mur d’air : les hommes qui se rendent dans ce lieu ne peuvent en ressortir que s’ils ont été fidèles, même en pensée. Dans le cas contraire, ils sont condamnés à y rester en compagnie de l’amie qu’ils ont trahie, loin de la société féodale. En donnant ainsi le pouvoir aux femmes, Morgue « incarne la menace d’une femme dominatrice et castratrice et le danger des valeurs féminines » selon Laurence Harf-Lancner. Mais elle finit par échouer, ayant poussé Lancelot à la victoire en se dressant contre lui…

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Accessoires de fée – 2

Deuxième accessoire indispensable à toute bonne fée qui se respecte, le grimoire… ou plus simplement, le livre.

Livre : Instrument de pouvoir et d’initiation. Le livre des fées, s’il peut s’apparenter en premier lieu à un grimoire, recelant leurs secrets est surtout marque de l’instruction de ces femmes magiciennes. Mais la culture de nos fées va au-delà de formules autorisant la métamorphose, comme celles dont regorge le livre qu’utilise Alcine, dans le Roland furieux. La manipulation d’un livre peut s’avérer être un préliminaire efficace à l’acte sexuel.

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La fée Morgane

La Fée Morgane par Anthony Frederick Sandys

Morgan vient du breton Mor, qui signifie « mer » et ganed, qui signifie « né ». Morgane est donc littéralement « née de la mer ».

Elle apparait pour la première fois dans la Vie de Merlin (1150) de Geoffroy de Monmouth où, magicienne savante à Avalon, elle accueille Arthur mortellement blessé… Si Morgane est connue comme celle qui séduisit le valeureux Arthur, elle possède une identité complexe, qui s’est forgée au fil des siècles.

Aux premiers temps de son apparition en littérature, Morgane a les qualités d’une guérisseuse. Elle est donc une figure rassurante, maternelle, l’image même de celle qui soigne. Petit à petit le personnage va évoluer et se trouver associé à d’autres attributs et devenir une figure reine du pouvoir féminin. Elle est en effet vite présentée comme régnant sur le Val sans retour, au coeur de la forêt de Brocéliande, lieu où les femmes s’imposent en maître. Une organisation qui contraste fort avec le système féodal alors à l’oeuvre. Morgane, parfois appelée Morgue, a jeté un enchantement sur ce lieu après avoir surpris son amant dans les bras d’une autre.
Laurence Harf-Lancner tire une brillante analyse du rôle de Morgane dans le Lancelot en prose, œuvre médiévale majeure. Selon elle, « La fée incarne bien la menace d’une femme dominatrice et castratrice et le danger des valeurs féminines ». Morgane est une  « fée fatale », directe héritière des Parques et des Moires : l’adjectif « fatale » renvoie étymologiquement à la notion de destin (fatale vient du latin « fatum », destin), mais en donne une version effrayante. La fée est à la fois une incarnation du destin des humains et une image de leur mort.

Le personnage de Morgane a tant marqué les romans de chevalerie qu’il va donner naissance à un modèle phare, appelé le « modèle morganien » que l’on retrouve même dans des récits qui mettent en scène d’autres fées, dont les noms varient. Si les histoires varient, la structure reste identique : un mortel, souvent un chevalier, rencontre une fée dont il tombe amoureux et qui va le ravir d monde des humain. Ce passage dans l’Autre monde, celui des fées, le fait quitter un univers régit par les lois féodales pour un espace tout autre. Paradoxalement, c’est la femme surnaturelle qui permet au héros de révéler sa nature humaine. Finalement, la fée morganienne n’opère pas de transformations magiques ou autre métamorphose : son pouvoir est de révéler la virilité enfouie. En découvrant l’amour auprès de la fée, le mortel accède au statut d’homme.

Petite anecdote, cette fée a donné son nom à une illusion d’optique, résultant de la combinaison de mirages : Fata Morgana. Au Moyen Âge, des croisés rapportèrent avoir aperçu de fabuleux châteaux se refléter dans la brume près du détroit de Messine(entre l’Italie et la Sicile). La fée Morgane, d’après la légende arthurienne, ayant le pouvoir d’élever les palais au-dessus des flots et d’agir sur le vent, ces braves chevaliers lui attribuèrent tout naturellement ce phénomène optique. C’est dire le renommée des fées !

 

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