La fée Morgane

La Fée Morgane par Anthony Frederick Sandys

Morgan vient du breton Mor, qui signifie « mer » et ganed, qui signifie « né ». Morgane est donc littéralement « née de la mer ».

Elle apparait pour la première fois dans la Vie de Merlin (1150) de Geoffroy de Monmouth où, magicienne savante à Avalon, elle accueille Arthur mortellement blessé… Si Morgane est connue comme celle qui séduisit le valeureux Arthur, elle possède une identité complexe, qui s’est forgée au fil des siècles.

Aux premiers temps de son apparition en littérature, Morgane a les qualités d’une guérisseuse. Elle est donc une figure rassurante, maternelle, l’image même de celle qui soigne. Petit à petit le personnage va évoluer et se trouver associé à d’autres attributs et devenir une figure reine du pouvoir féminin. Elle est en effet vite présentée comme régnant sur le Val sans retour, au coeur de la forêt de Brocéliande, lieu où les femmes s’imposent en maître. Une organisation qui contraste fort avec le système féodal alors à l’oeuvre. Morgane, parfois appelée Morgue, a jeté un enchantement sur ce lieu après avoir surpris son amant dans les bras d’une autre.
Laurence Harf-Lancner tire une brillante analyse du rôle de Morgane dans le Lancelot en prose, œuvre médiévale majeure. Selon elle, « La fée incarne bien la menace d’une femme dominatrice et castratrice et le danger des valeurs féminines ». Morgane est une  « fée fatale », directe héritière des Parques et des Moires : l’adjectif « fatale » renvoie étymologiquement à la notion de destin (fatale vient du latin « fatum », destin), mais en donne une version effrayante. La fée est à la fois une incarnation du destin des humains et une image de leur mort.

Le personnage de Morgane a tant marqué les romans de chevalerie qu’il va donner naissance à un modèle phare, appelé le « modèle morganien » que l’on retrouve même dans des récits qui mettent en scène d’autres fées, dont les noms varient. Si les histoires varient, la structure reste identique : un mortel, souvent un chevalier, rencontre une fée dont il tombe amoureux et qui va le ravir d monde des humain. Ce passage dans l’Autre monde, celui des fées, le fait quitter un univers régit par les lois féodales pour un espace tout autre. Paradoxalement, c’est la femme surnaturelle qui permet au héros de révéler sa nature humaine. Finalement, la fée morganienne n’opère pas de transformations magiques ou autre métamorphose : son pouvoir est de révéler la virilité enfouie. En découvrant l’amour auprès de la fée, le mortel accède au statut d’homme.

Petite anecdote, cette fée a donné son nom à une illusion d’optique, résultant de la combinaison de mirages : Fata Morgana. Au Moyen Âge, des croisés rapportèrent avoir aperçu de fabuleux châteaux se refléter dans la brume près du détroit de Messine(entre l’Italie et la Sicile). La fée Morgane, d’après la légende arthurienne, ayant le pouvoir d’élever les palais au-dessus des flots et d’agir sur le vent, ces braves chevaliers lui attribuèrent tout naturellement ce phénomène optique. C’est dire le renommée des fées !

 

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