L’art de la transformation

Parlons maintenant d’un art que les fées maîtrisent à merveille : on ne reste pas très loin de la typique fée marraine, d’ailleurs, vu qu’il reste l’un de ses grands pouvoirs. Il est bien évidemment question de la métamorphose. Mais les fées ne se contentent pas de changer de forme à volonté…

Tout d’abord, c’est la nature qui est la première victime de sa fabuleuse imagination. Telle Armide et Alcine, la fée de Cendrillon change les souris du coffre en jonquille, la citrouille en carrosse. Puis, c’est toute une litanie de jeunes premiers et de jeunes premières renvoyés à la nature en un coup de baguette, comme Trasimène, la fée du Rameau d’or, qui transforme le vilain prince en grillon, et la vilaine en sauterelle… Selon Elisabeth Lemirre, spécialiste des contes, ce passage coutumier par l’animalité des personnages est une phase de l’ordre du « monstrueux » où chacun peut mesurer sa part « d’ensauvagement ». C’est aussi une manière de libérer les amants des convenances. Soudainement livrés à eux-mêmes dans la forêt, incognito puisque sous la forme d’une biche, les tourtereaux peuvent enfin se découvrir tranquillement. C’est aussi un hommage, dans le cas de Mme d’Aulnoy par exemple, au bestiaire de La Fontaine, souligne l’universitaire Constance Cagnat-Debœuf.

Substitution, disparition, immobilisation, envol, réduction, mais aussi immobilisation. Chez Mme le Prince de Beaumont, la fée de la Belle et la Bête transforme les deux méchantes sœurs en statues qui garderont la porte du palais de la belle. Tout ou presque est à portée de sa baguette, y compris, comme son ancêtre Lilith qui annonçait les calamités, la naissance des cataclysmes. Dans l’Histoire de la princesse Aimonette de l’Abbé de Choisy, la vilaine Fée Grine pouvait « Attirer le feu du ciel, embraser la terre, faire sortir la mer de ses bords … ». Comme les déesses de l’Antiquité, ou même Titania dans Le songe d’une nuit d’été au XVIe siècle dont les frasques mettent sans dessus dessous la forêt, les fées prennent plaisir à désordonner le cosmos, et surtout quand elles sont en colère…

Elles métamorphosent le monde, mais elle sont également dotées du pouvoir de se transformer elles-mêmes, à l’image des lais du Moyen Âge où les enchanteresses se présentaient sous la forme d’animal au chasseur pour les emmener en territoire féerique… Cette propension au travestissement révèle sa fantaisie, mais aussi son inconstance et sa duplicité, la multiplicité de ses visages, comme Alcine au siècle précédent.

Ainsi, la fée à la fontaine de La Biche au bois sympathise avec la reine en sortant d’un bassin sous la forme d’une écrevisse, avant de se transformer en vieille dame. Parfois, la transformation n’est pas une fantaisie, mais est nécessaire à l’intrigue, à l’image de la fée de Mme d’Aulnoy, dans La bonne petite souris (Cabinet des fées), qui se déguise tantôt en souris, tantôt en jeune bergère, pour mieux mettre à l’épreuve ses personnages. Elle peut aussi se dissoudre dans l’atmosphère, le plus souvent grâce à un anneau, ou bien osciller entre miniaturisation et dilatation, pratique davantage répandue au XIXe siècle.

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