Carabosse, emblème des fées marraines

Pour terminer avec notre exploration d’une figure de la fée bien connue, intéressons-nous à Carabosse, la plus méchante des fées et l’une des plus connues.

Tout d’abord, pourquoi Carabosse ?
Car à défaut d’être belle et de porter des bijoux, elle est bossue « à trente-six carats ». C’est elle qui provoque la malédiction de la belle au bois dormant en la condamnant à mourir le jour où elle se piquera avec un fuseau. Au XVIIe, on la retrouve à plusieurs reprises chez Mme d’Aulnoy, et notamment dans La Princesse Printanière, où elle débarque le jour du baptême, dans une brouette tirée par des nains. Elle a « des yeux louches », est tellement sale que sa peau est « plus noire que l’encre » et pour couronner le tableau, elle allaite un bébé singe…

On notera que la Carabosse ou ses équivalentes sont parfois très violentes, comme dans Le nain jaune de Madame d’Aulnoy toujours, où la fée du désert transformée en Tisiphone frappe à mort une princesse avec sa lance, érigeant la scène au niveau du gore. « Elle la fit tomber entre les bras de la reine, toute baignée de son sang ». Ces scènes brutales restent néanmoins exceptionnelles dans les contes.

Ensuite, d’où vient-elle ?
Parmi ses ancêtres, on trouve Atropos, celle qui coupe le fil dans le trio des fatas, les Moires grecques. Les Moires font partie de la non moins méchante famille des Kères, les filles de la Nuit, qui, dans l’Iliade, ont pour fonction d’emporter chaque héros au moment de sa mort. On peut aussi citer au nombre de ses ascendantes Éris, la déesse de la Discorde, et qui est à l’origine de la guerre de Troie… Pas moins !

On retrouve ensuite quelques occurrences de vilaines fées marraines au Moyen Âge et notamment dans la chanson de geste « Les Prouesses et faitz du noble Huon de Bordeaux » et sur le mode comique dans Le jeu de la feuillée. Mais son âge d’or est bien le XVIIe siècle, où elle sévit dans la majeure partie des contes, même si elle ne s’appelle pas toujours Carabosse.

Puissante et omniprésente au XVIIe siècle et au début du XVIIIe, l’avenir des fées marraines sera ensuite fort compromis. Elles seront l’objet de nombreuses parodies, et la scène des dons disparaîtra peu à peu. C’est en particulier la dimension vénale des marraines qui fera l’objet de la satyre, et qui nous en dit long, une fois encore, sur les préoccupations des mondaines dont les elles sont le miroir…

Publicités
Cet article, publié dans Portrait de fées, XVIIe siècle, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s