La fée marraine au XVIIe siècle

« Je suis fée de ma vacation. Je cours le pays sans bouger d’une place; je vide les coffres sans les ouvrir; je fais perdre la honte aux débiteurs (…) Je sors tout éveillée, et je me nourris d’air; mais ma principale occupation est de voler incessamment au secours de l’honneur des filles. »
Dufresny et Bruguière de Barante, Les Fées ou Les Contes de Ma Mère l’Oie.

Le XVIIe siècle voit l’apogée de la figure de la fée marraine. C’est en effet l’époque de ces récits comme La belle au bois dormant, Cendrillon, Peau d’âne… où la fée marraine intervient au début du récit lors de la traditionnelle scène des dons et où elle alloue des qualités au bébé. On la trouve ensuite à plusieurs reprises pour aider la princesse ou le prince en difficulté tout au long du récit. Elle connaît non seulement le sort de l’enfant naissant, mais aussi de la vie en général, telle la fée à la fontaine, ersatz de Carabosse, qui use et abuse de son «  livre qui dit tout ». Tissant les fils du destin des jeunes premières, et par extension, les fils de l’intrigue, elle est aussi, bien souvent, l’actant principal de la résolution du récit. C’est elle qui a le dernier mot. Le plus souvent bienveillante, mais aussi inconstante et capricieuse, elle est un pur produit des ambitions féministes des conteuses, et le reflet du réseau complexe des soutiens que les mondaines construisent entre elles à la cour.

Outre les coups de pouce au destin, elle tente, dans les meilleurs cas, de prodiguer à sa protégée les « valeurs » morales, et un code de bonne conduite. Mais son attitude peut aussi être émancipatrice envers la princesse qu’elle suit, en lui permettant par exemple de faire un mariage de sentiment plutôt que d’argent, ou envers la paysanne ou la souillon qu’elle tire de son milieu à grand coup de baguette pour lui donner la vie d’amour, de gloire, et de beauté à laquelle elle aspire… Bien sûr, il y a des exceptions. On trouve par-ci par là quelques fées rétrogrades, qui s’évertuent à faire demeurer la jeune fille dans son milieu social. Ce type de fée, conservatrice, naît, comme par hasard, sous la plume des hommes, et notamment de Fénelon, dont les marraines poussent toujours les jeunes premières à se résigner à leur condition, aussi modeste soit-elle.

Autre trait important de la fée marraine est sa propension, malgré ses bonnes intentions, à adopter une attitude très pragmatique, voire bassement matérialiste… Elle est aussi là pour faire tourner l’argent, assurer le bien-être financier et le confort des personnages, sans oublier le sien…

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