Origines de la fée marraine

On l’a vu la semaine dernière, les premières fées marraines font leur apparition dès le Moyen Âge. Elle alloue beauté, intelligence ou au contraire la laideur au nouveau-né. Mais elle est également celle qui connaît, annonce ou même décide en partie du destin de l’enfant. En cela, elle est l’héritière moderne de la figure antique des fileuses qui commence avec Atropos, Clotho et Lachésis, les trois moires grecques qui tissent l’avenir des humains. Quant au repas des fées, comme on l’a vu, il naît au Moyen Âge. Citons par exemple le Jeu de la Feuillée d’Adam de la Halle, mais on le retrouve aussi dans des conte anonymes.

Tradition animalière

Mais cette fée pourvoyeuse de dons et autres cadeaux ne se retrouve pas uniquement sous une figure humaine. On trouve aussi beaucoup d’animaux qui tiennent lieu et place de fée marraine. Dans Les nuits facétieuses de Straparola, célèbre recueil de fables italiennes du XVIe où pendant les nuits du carnaval, des jeunes filles racontent chacune leur tour des histoires, nous est fait le récit de Blanche Belle, où la fée, une couleuvre, fait naître des mains de sa protégée des roses et des violettes quand elle se lave, et des perles et des pierres précieuses de ses cheveux quand elle se coiffe. Par contre, la jeune fille qui a pris sa place auprès du roi son époux a de « la vermine » qui lui sort de la tête…
Dans le « Cendrillon » du folklore sicilien, la fée est une petite brebis. La jeune fille vient la prévenir que sa marâtre veut la tuer. Alors la marraine lui recommande de recueillir ses os et de ne pas manger sa chair… Des os en question sortent douze garçons que la jeune fille cache sous le plancher. Ils lui fournissent de riches costumes et l’emmènent chez le roi, lequel tombe amoureux d’elle…
Brebis, serpent, oiseau, la fée marraine passe par toute la faune avant de revêtir durablement les traits d’une humaine au XVIIe, même si elle continue à se transformer en animal de temps en temps. Par ailleurs, la tradition du bestiaire reviendra en force Au XIXème, comme dans le Petit Soulier d’or, conte suédois du recueil de Cavallius et Siephens, où la fée est un brochet qui sort d’une fontaine et indique à la jeune fille un chêne creux où se cachent des robes d’argent, d’or et de pierreries… Chez les frères Grimm, au XIXe siècle toujours, ce sont les souris qui l’habillent pour le bal…

De la vieille femme aux savants…

En plus des incarnations animales, on trouve aussi du côté de l’Italie notamment, nombre de vieilles femmes qui tiennent effectivement le rôle de fée marraine. Dans un autre très célèbre recueil de contes italiens, le Pentamerone de Basile, publié en 1634, on trouve « Les Deux Galettes », où une femme âgée récompense une jeune fille qui lui donne un gâteau en disant : « Quand tu ouvriras la bouche, qu’il en sorte des roses et des jasmins ; quand tu te peigneras, qu’il tombe de ta tête des perles et des grenats, et quand tu poseras le pied sur la terre, qu’il y naisse des lys et des violettes. ».
Enfin, on note un certain nombre d’autres figures du paganisme ou de la religion qui se substituent aux fées marraines. Dans sa version de la Belle au bois dormant, qui provient d’un récit de chevalerie du XIVe siècle, Basile fait venir non pas les fées mais les devins et les savants après la naissance de la princesse. Plutôt que de lui allouer des dons, ils tirent son horoscope, et prévoit qu’elle « sera un jour en grand péril à cause d’une écharde de lin ». De même, il est amusant de constater qu’à Hanoï, on a écrit une version de Cendrillon, où c’est le buddha remplace la fée. Quant à Perceforest, autre source du même conte, ce sont les déesses (Thémis, Lunina et Vénus) que l’on convoque au berceau de la princesse…

De toutes ces variations, l’animal merveilleux, la déesse, le devin, le Buddha ressort la même idée. C’est sous le signe des cieux et de la puissance que le rôle de la fée marraine est placé.

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Un commentaire pour Origines de la fée marraine

  1. Les informations sont très complètes et très bien détaillées.

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