Le Roland furieux : extrait

Le Roland furieux est à l’honneur dans l’une des leçons de l’Amour selon les Fées. Voyons donc ce qu’Alcine et Roland ont à nous apprendre…

Leçon n° 7 : misez sur votre charme naturel
L’arioste, Roland Furieux, chant VII, 1516 (traduction du comte
de Tressan).
Pour faire sensation au premier coup d’oeil, il convient de se présenter sous son jour le plus éclatant. Comme beaucoup de fées avant elle, Alcine* n’a rien d’une petite créature ailée. Un teint pâle, de larges boucles et un sourire ravageur… le charme angélique et sensuel de cette fée inspire immédiatement l’amour.
Comme elle, apprenez à mettre vos atouts en valeur, c’est le b.a.-ba en matière de séduction… Dans cet extrait, Roger, un chevalier sarrasin, se trouve dans l’île* d’Alcine et découvre le palais* de celle-ci. il se laisse séduire par celle qui est en réalité une redoutable créature, malgré les avertissements du jeune Astolphe qui a été trompé et métamorphosé par cette fée volage.

« […] Le château d’Alcine était moins admirable encore par sa magnificence que par l’espèce de ceux et de celles qui l’habitaient : on observait entre eux cette ressemblance que donne l’égalité des agréments de la figure, et ceux d’une jeunesse vive, brillante, embellie par les grâces, l’amour et la gaieté. Mais au milieu de cette troupe charmante s’élevait et brillait la belle alcine, comme l’astre du jour auprès de ceux de la nuit.
Alcine était telle qu’apelle et Phidias eussent pu peindre une beauté parfaite ; ses cheveux blonds tombaient en formant d’agréables anneaux ; leur couleur douce répandait un lustre brillant sur sa tête; les roses et les lis formaient un mélange agréable sur ses joues, et contrastaient avec un front bien formé, plus blanc que l’ivoire nouvellement poli ; deux sourcils noirs, dessinés par l’amour, surmontaient des yeux plus noirs encore ; ses yeux quelquefois paraissaient immobiles, lorsque la tendresse de leurs regards semblait se fixer sur un objet aimé : c’est dans ses yeux que les amours semblaient remplir leur carquois des traits inévitables qu’ils lançaient dans tous les coeurs ; la jalousie d’une rivale même n’eût pu rien reprocher à la perfection d’un nez égal à tous ses autres traits ; deux sillons en partaient pour s’unir à sa bouche d’un vermillon plus vif encore que celui du cinabre natif : c’est en s’ouvrant agréablement, lorsque de douces paroles sortaient de ses lèvres, qu’elle laissait voir deux rangs de perles choisies ; souvent cette bouche s’embellissait encore par un sourire propre à brûler et à captiver tous les coeurs, sourire plus agréable aux yeux que les rayons doux et brillants qui pourraient s’élancer de l’olympe ; son cou, arrondi par les grâces, effaçait la blancheur de la neige : sa gorge de lait, qu’elles avaient formée d’après la leur, montrait cette douce agitation des flots qu’on voit se soulever légèrement en baignant le rivage, lorsque le zéphyr semble les combattre et les en repousser. si des voiles impénétrables aux yeux d’argus° même privent les regards avides de se porter sur bien d’autres charmes, l’imagination, frappée par ceux que l’on voit, doit suffire pour s’en former l’idée la plus vive. ses deux bras, de la proportion la plus élégante avec sa taille, sont terminés par deux petites mains charmantes dont la blancheur et l’uni ne laissent apercevoir ni les ressorts cachés ni les veines. Deux petits pieds, d’une forme charmante, terminent et portent la plus parfaite de toutes les belles, et les grâces naturelles qui ne peuvent s’acquérir ni se cacher animaient et paraient tous ses moindres mouvements.

Comment le jeune paladin ne se fût-il pas laissé captiver ? la voix, le
sourire, les chants, la démarche d’alcine, le doux accord que son âme
enflammée trouvait dans ses regards aussi tendres qu’expressifs, c’étaient autant de noeuds qui devaient serrer sa chaîne. tout ce qu’il avait appris du myrte°ne lui parut plus être qu’une affreuse calomnie ; comment eût-il pu soupçonner que le mensonge et la trahison se voilassent par le sourire et l’air ingénu de la candeur ? […] »

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