La fée Alcine ou le principe de l’emprisonnement

La fée Alcine est l’un des personnages principaux du Roland furieux.
Elle apparaît dans le chant VI du poème. Elle est une puissante magicienne, que le narrateur nomme « fée » et a deux sœurs, elles aussi fées, Morgane et Logistille. Comme Circé, Alcine vit sur une île et possède le pouvoir de la métamorphose : elle transforme les hommes en végétaux, plantes ou arbres. Alcine est une fée dont la dangerosité se cache derrière la beauté et le rire charmeur. Elle envoûte et détourne les chevaliers de leur chemin en leur donnant à boire un breuvage enchanté, puis fixe ses proies en végétation « pour qu’ils n’aillent pas à travers le monde raconter sa vie lascive. ». Elle est d’abord présentée comme une fée cruelle dotée d’un pouvoir quasiment absolu sur ses amants.
Le personnage d’Alcine déploie à l’extrême la soif de possession d’une Viviane, elle érige en système, loi, ce qui était la faute inédite de la femme-fée éprise de Merlin.

Ainsi, elle attire Roger, le cousin de Roland, dans ses filets. Le Roland furieux déploie toute la sensualité de la fée et Roger témoigne des égarements du corps et de l’esprit.
Le récit déroule explicitement l’union charnelle de Roger et Alcine, et le corps de la femme-fée ainsi que le plaisir éprouvé par les amants se trouvent incarnés. Voici mis à jour l’essence même d’un puissant et néanmoins naturel sortilège : le désir.

« Comme Roger la tient embrassée, le manteau tombe, et elle reste avec le voile subtil et transparent qui, devant et derrière, laisse apercevoir les roses et les lis mieux qu’un pur cristal. Le lierre ne serre la plus étroitement l’arbre autour duquel il est enroulé, que les deux amants ne s’enlacent l’un l’autre, cueillant sur les lèvres la fleur suave de l’âme, que ne sauraient produire les plages odorantes de l’Inde ou du pays de Saba. Eux seuls pourraient dire le grand plaisir qu’ils éprouvent, car ils ont souvent plus d’une langue dans la bouche. »
(chant 7, p. 161)

Le voilà pris au piège du désir, aveuglé par sa folie d’amour pour Alcine, qui elle-même abandonne pour lui ses anciens amants. Alcine incarne les dangers de l’inconstance du cœur, comme l’explique Astolphe, un amant délaissé métamorphosé en myrte : « Je connus trop tard son esprit mobile, habitué à aimer et à détester en un moment. Mon règne n’avait pas duré plus de deux mois, qu’un nouvel amant pris ma place. » Dans le Roland furieux, les hommes sont présentés comme des victimes prises au piège du désir initié par la femme-fée.

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