L’exemple de la Biche au bois

Promotion de l’étiquette, luxe à outrance, palais divins, les fées du XVIIe évoluent dans un univers au faste ostentatoire et aux règles bien définies. Par leur glorification d’un certain style de vie, elles font l’éloge du régime de Louis XIV. C’est le cas, en particulier, de La biche au bois écrit par l’incontournable Mme d’Aulnoy,qui est inspiré du mariage en grande pompe, en 1697, entre Louis de France et Marie-Adélaïde de Savoie (qui avait 12 ans).

La fée de Versaille : Mme de Maintenon

Cette union fut arrangée pour consolider les relations avec la Savoie, état puissant à l’époque. On fit donc venir la très jeune promise à Versailles, où l’on attendait une reine depuis quinze ans. C’est pourquoi la jeune fille s’appelle Désirée dans le conte. Mais selon la loi, il fallait attendre qu’elle ait au moins 12 ans pour la marier, alors, sa protectrice, Mme de Maintenon, favorite du roi et pour ainsi dire reine des fées de la cour (elle y faisait la pluie et le beau temps) la prend sous son aile pour la protéger et l’éduquer, mais pas seulement. Saint-Simon dira d’elle : « Elle avait résolu d’être la véritable gouvernante de la Princesse, de l’élever à son gré et à son point (…) Elle songeait encore à tenir par elle Monseigneur le duc de Bourgogne un jour […]. »
Elle l’installe chez elle, en marge de la vie de cour, et les dames venant lui rendre visite ont l’interdiction de lui parler des fêtes, des opéras… Cette pratique consistant à écarter la jeune vierge des dangers de la cour est une tradition très répandue dans les contes, et certains rois possessifs n’hésitent pas même à enfermer leur fille chérie dans une tour bien gardée.

Splendeur, calme et réclusion

Dans le conte, la retraite de la jeune fille est un lieu placé sous le signe de l’éblouissement, une hyperbole du luxe à laquelle aspire l’époque, celle du Roi Soleil. Avec son plafond et ses planchers en marbre blanc, incrustés de motifs de fleurs et d’oiseaux en diamant et en émeraude, le château que bâtissent les fées pour leur protégée n’a rien à envier au palais des Indes (l’Orient était alors très à la mode). Leur propre château, où la mère de Désirée se rend au début du conte pour résoudre son problème de stérilité, est si lumineux et splendide que sa perception excède les sens : « Ses yeux furent frappés d’un éclat sans-abri d’un palais tout de diamant (…) Elles avaient pris pour le bâtir l’architecte du soleil ». Même le langage est impuissant à en rendre la beauté. On ne « peut faire la description » des décorations qui l’ornent. À l’époque, les résidences des fées rivalisent d’éclat, comme celle de Soussio dans L’oiseau bleu de Mme d’Aulnoy, construite avec des murs en diamant, si bien que l’on voit les gens à travers…

En promulguant l’esthétique et l’art de vivre propre à la cour, les conteuses glorifient le pouvoir. Cela n’est pas nouveau. Déjà, chez Shakespeare, les allusions à l’étiquette étaient nombreuses, telle que l’intervention du chœur dans Le songe d’une nuit d’été, qui évoquait le lever et le coucher du roi. Il ne faut pas oublier que c’est la petite académie à l’initiative de Colbert qui supervise la production artistique de la cour, et que les conteuses ont doublement intérêt à confondre les merveilles de Versailles avec celles de leur imagination. Le règne de Louis XIV s’en trouve sublimé.

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