De la fée espionne à la fée révolutionnaire

Comme on vient de le voir dans le conte précédent, les fées prennent du galons et investissent les palais pour mieux servir d’espion aux rois et aux reines.
Mais son champ d’action ne s’arrête pas aux renseignements généraux. La fée devient si proche du pouvoir qu’elle peut aller jusqu’à s’y substituer. D’ores et déjà, on remarque qu’elle est bien souvent reine en son propre territoire, comme Titania qui régnait sur la forêt, pays de féerie, dans Le Songe d’une nuit d’été. Peu à peu au XVIIe, les fées entrent à la cour, dans le cercle très fermé des rois et des reines pour bientôt suppléer à leur tâche. Mais celle qui va le plus loin dans l’hyperbolisation de la puissance féminine au XVIIe, c’est encore Madame d’Aulnoy, avec La Bonne petite souris, où une princesse tombe amoureuse du premier homme qu’elle voit après sa période de captivité. Elle s’échappe avec lui mais découvre son vrai visage et veut lui échapper. C’est alors que la Reine des fées vient à son secours et lui permet de fuir grâce à son chariot merveilleux. « Toutes les étoiles qui la virent passer crurent que c’était l’aurore qui ne s’était pas encore retirée. » La princesse ainsi libérée, la fée va ensuite s’attacher à délivrer le peuple du joug de son oppresseur, le roi… Un tyran, dont elle provoque le régicide. Puis elle décide, en accord avec la reine, de s’adresser au peuple pour le destituer… Couronne sur la tête, elle s’avance vers les sujets, et devance même la reine.

« Elle marcha la première, avec un visage grave et sérieux, ayant une robe qui traînait de plus de dix aunes ». Puis elle s’adresse directement aux sujets, et leur propose une nouvelle reine et un nouveau roi. C’est un succès. « En liesse le peuple accepte » Cela n’est ni plus, ni moins qu’un coup d’état.

On retrouvera à de nombreuses reprises cette dimension contestataire, voir révolutionnaire de la fée, et notamment, une fois encore chez Chevalier de Mailly, qui n’hésite pas à dépeindre côte à côte des rois tyranniques et des gouvernements féminins audacieux. Dans son récit La Princesse couronnée par les fées, une enchanteresse donne à la princesse des moyens matériels et stratégiques en vue de récupérer le royaume de son époux, usurpé par un vilain roi voisin. Elle lui procure des bijoux qu’elle devra vendre pour donner de l’or au peuple, et puis des perroquets « espion » chargés de s’introduire chez l’ennemi pour recueillir des renseignements. Le peuple, séduit par les dons de la princesse et rendu critique envers son roi, se soulève. C’est ainsi que la fée permet la reprise, presque « sans violence » le territoire de son mari déchu…

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