Fées marraines du peuple… et de sa Majesté

Le XVIIe siècle voit l’apparition d’une figure importante de la fée : la fée marraine. Si elle peut attribuer beauté ou richesse à l’enfant encore au berceau, elle se révèle parfois être beaucoup plus retors : cette époque marque en effet l’âge d’or de la fée Carabosse, où elle sévit dans de nombreux contes, parfois même sous un autre nom.

Mais les fées ne passent pas leur temps à être courtisées par les grands pour bénir, ou maudire, leur progéniture.

Au XVIIe, la fée devient la conseillère des puissants, aide à sceller les mariages importants entre monarque, et va même jusqu’à intervenir de manière significative dans la défense du territoire, en particulier dans les récits du Chevalier de Mailly, rare conteur masculin en cette fin de siècle dominée par les femmes. Le chevalier, qui porte bien son nom, est galant jusqu’à la pointe de sa plume. Ses histoires constituent même, selon Tony Gheeraert, auteur et professeur de littérature, « l’instrument du progrès des mœurs et le miroir de la promotion des femmes ». Et en effet, les enchanteresses de Mailly, remarquables, correspondent à un nouvel idéal féminin mêlant force et grâce. Bref, c’est un féministe.

Dans La Princesse Délivrée, la fée manipule le vent pour que l’ennemi de son roi ne puisse pas le battre sur les mers. De même, Les enchanteresses de L’Île inaccessible nimbent leur île chérie et inconnue d’un voile si obscur qu’aucun explorateur ou autre envahisseur ne peut le traverser. À l’inverse, deux diamants monumentaux sur la pointe des rochers en guise de précieux repère au roi bienvenu, (celui qui plaît à la princesse) sont placés, et une troupe de dauphins est envoyée pour accompagner la flotte du monarque vers le rivage.

Les fées sont aussi, parfois, une force de renseignement au service de sa majesté, et sont d’ailleurs parfois appelée « intelligences » comme on appelle aujourd’hui les services secrets.

Elles ont à leur disposition des espions, parfois des animaux, parfois des hommes, qu’elles dépêchent dans les contrées ennemies pour recueillir des informations. Dans L’Île inaccessible, la fée confère aux espions l’art de voler, de se rendre invisible et leur procure les moyens économiques nécessaires à leur intégration dans la contrée en question. Ainsi parés, ils préviennent les attaques, et rapportent ce qui se passe dans le monde, les renseignements généraux, dont l’île profite pleinement.
« Ils s’étaient élevés parmi eux des troupes de politiques, ou autrement des nouvellistes qui raisonnaient comme leur pareil raisonnent à Paris sur desseins, et la conduite des potentats ».

Les espions des fées intriguent, apportent des messages importants, et neutralisent les forces de l’Ennemi, en incendiant par exemple les livres et « Les instruments de féérie » de la fée adverse dans La Princesse délivrée, du chevalier de Mailly, encore et toujours.

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