XVIIe siècle : les fées rejoignent cours et palais

En France, on ne trouve que peu de fées au cours de la majeure partie du siècle. La spécialiste Laurence Harf évoque même un affaiblissement de son pouvoir. C’est que le XVIIe est un siècle marqué par l’académisme, l’exigence et la sobriété de Boileau et Racine, qui ne favorisent ni la fantaisie ni le merveilleux, condition sine qua none de l’apparition de la fée…

Il faut attendre 1690, pour voir apparaître la vogue des contes de fée, qui a déjà été largement développée dans le folklore sicilien, ainsi qu’en Italie, où après les Nuits facétieuses de Straparola au milieu du XVIe, est publié dans les années 1630 un autre recueil fondateur, le Pentamerone de Giambattista Basile, composé de contes napolitains inspirés des récits oraux, qui seront ensuite repris par les plus grands conteurs. On y trouve entre autres des versions de Cendrillon, Les Fées, Peau d’âne, ou bien de La Belle au Bois Dormant. En France, les conteurs et les recueils se multiplient : Melle Bernard, Melle l’héritier, Madame d’Aulnoy, Perrault… Le genre devient la spécialité des cercles de comtesses et marquises de la cour dotés d’une bonne plume, et plus connu sous le nom du « groupe des mondains ». Terrain vierge, propice à l’expérimentation, le conte est néanmoins méprisé et sévèrement critiqué, car le classicisme fait loi. De ce fait, à l’heure où la rigueur et la dévotion reviennent en force à Versailles avec l’influence de Mme de Maintenon, maîtresse du roi, la sphère du conte devient un contre-courant, un espace de liberté, une échappatoire où les fantasmes de luxe et de luxure s’épanouissent, et où la fée règne en maître.

Par son intermédiaire, les conteuses critiquent la société et projettent leurs désirs. Elles décrivent des figures féminines triomphales, séductrices, indépendante et modernes. Elles détiennent le pouvoir, décident de l’intrigue au gré des sorts jetés et des coups de baguette magique après des siècles marqués par l’écriture masculine, c’est l’arrivée du point de vue de la femme, qui ne sublime pas forcément le personnage de la fée, mais s’identifie à elle. C’est pourquoi les fées et leur univers deviennent un miroir de la cour, et les contes se prêtent bien souvent à une double lecture. Il s’agit de voir quelle marquise se cache derrière telle enchanteresse.

À noter que les conteuses sont (ou bien fréquentent) les précieuses, qui prônent un art de l’ornement, du détail transgressant la sobriété et l’exigence de vraisemblance demandée par l’Académie Française. Cependant, la démarche des précieuses n’est pas que pure esthétique, elle est contestataire. La « Précieuse », de souche aristocratique, est d’abord une pré-féministe, qui s’est élevée contre les mariages arrangés sévissant à l’époque. C’est pourquoi les fées se modernisent. Elles sont cosmopolites, installées dans « toutes les régions du monde » comme dans Le Palais de la magnificence du Chevalier de Mailly. On est bien loin de la fée locale, qui officie dans le bois d’à côté… Les enchanteresses quittent peu à peu les cavernes et les forêts pour les palais. Bref, elle fait son entrée à la cour, et investit bientôt les hautes sphères du pouvoir.

Par rapport aux siècles précédents, outre l’apparition de la vieille fée, on remarque aussi que le corps de la fée s’humanise, se « réincarne » au sens littéral. Moins d’aura, point d’aile de gaze. On passe de la fée comme créature surnaturelle à la femme-fée, faîte de chair et de sang, la femme comme merveille. C’est donc l’âge d’or de la fée, même si l’on peut sentir ça et là quelques marques de mépris, qui atteindront leur paroxysme au siècle suivant.

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